vendredi 12 janvier 2007

Le syndrome Meetic

Trop pris par nos emplois du temps, jobs, études et nos délocalisation pour carrière prometteuse, loin de nos environnements familiaux et amicaux, nous voilà face à nous même, sans réelle facilité de rencontre, dans ces villes où les populations se multiplient et la solitude s’accroît. Enfermer dans nos appartements d’immeubles de dix étages, ou le voisin n’existe que par les nuisances que l’on lui attribut.
Nous nous côtoyons sans nous voir, sans nous attarder. L’homme, la femme chacun dans son univers. Elle attends qu’il fasse un geste et lui attends un signe, tout deux enfermer dans leurs doutes. C’est impossible !
Nous croisons tous les jours des visages aux sourires timides ou franc qui nous appels. Qu’est ce qui nous retient, où sont les convenances, quelles sont les règles, tout ceci n’est plus clair, plus personne ne sait comment réagir et c’est la solitude, la frustration et le dégoût de soi « Pourquoi n’ai-je pas fais ce pas ! ».

Nous sommes aujourd’hui dans un schéma de cordialité, allant au devant de l’agression en présentant « une patte de pacifisme » dans un dialogue vide « Comment allez vous ? »… « Ca va, et vous, je crois qu’il va faire beau aujourd’hui….» et ainsi jour après jour, à croire que la météo est un sujet de préoccupation existentiel. Des rencontres types, de personnes qui n’ont rien à dire, c’est ce que l’on pourrait croire, mais non ! Ils craignent surtout de s’exposer en se dévoilant et tendre une prise sur eux. Le monde dans lequel nous vivons est des plus agressif, et la meilleure défense c’est l’attaque. C’est ainsi que les gens passé la cordialité, ne parle plus ils aboient. C’est terrifiant ! Comment voulez vous que les rapports ainsi établis puisse facilité les rencontres.
La convoitise, l’incompréhension, la pugnacité et le manque de volonté de comprendre, un tant soi peu nos congénères, nous éloignes les uns des autres. Les rapports ne sont que couardise, si par hasard nous n’appartenons à aucun groupe ou si nous nous sommes égarés parmi une basse-cour incrédule qui ne dédaignera pas à nous mettre au sol tant ils ont peur. Ils se gaussent de l’autre pour mieux appartenir au commun.

Parmi tous ces doutes, ces indécisions, le fantasme entre en l’esprit et l’on se prend à espérer des jours meilleurs où enfin nous aurons le courage, la chance de rencontrer la personne de nos rêves. La vérité de la rencontre franche et sans détour du partage qui motive chacun d’entre nous, en tous cas les plus songeurs. Ce sont ces rêves qui compliquent les rencontres. En effet, nombreux attendent la princesse et prince charmant, c’est un concept pour le moins dépasser, pourtant c’est un mythe coriace. Comment peut-on, au jour d’un divorce sur deux, croire à l’utopique couple parfait.
Et pourtant, c’est peut être ce qu’inspirent les sites de « cyber-rencontres », où le cybernaute en quêtent de contacts sous l’égide de la compréhension, de l’engagement, du respect de l’être et de la main tendue, espère. Enfin, tout ce à quoi plus personne ne croit vraiment, il tente de le recréer dans ce monde virtuel.

Les rapports homme femme sont loin d'être simple, tant les rapports humains eux mêmes sont difficiles. Chacun reste sur son quant à soi, dans la peur de déplaire ou de se faire refouler, aussi rapidement qu'il est venu. Trop de méfiance, d'inconsistance, de superficialité et pas assez de vérité, vérité des rapports, vérité des sentiments, vérité de soi, on se ment de plus en plus, qui sommes-nous, y a-t-il quelqu'un capable de s'arrêter et de se poser les bonnes questions : qu'est-ce qui est le plus important pour moi, de quoi ai-je besoin et qu'est-ce qui me rend heureux ?Notre société nous pousse à la superficialité, posséder, paraître, comparer et j'en passe, une compétition aussi ridicule, qu'inutile. Ce n'est pas la voie du bonheur!Qu'est-ce que le bonheur ? C'est être, être pleinement avec toute sa profondeur, sa bonté, l'acceptation de l'autre, sans calcul, sans pronostique, se laisser aller dans uncontact pétillant qui porte et qui repose, retrouver la joie d'être ensemble, que l'on se connaisse ou que l'on se découvre, j'allais dire être dans la majesté de l'humain.Est-ce utopique ??????????? C'est peut être ce que cherche, un certain nombre de personne sur Meetic, la vérité des rapports "humains", c'est terrible de mettre ce mot entre guillemet, mais sait-onencore ce que cela veut dire, lui attribut-on uniquement la dénomination d'une espèce ou toute la beauté, la profondeur du respect mutuel qui devrait émaner du groupe. Ces mots emprunts de pessimisme ne sont que l’amorce d’un questionnement encore flou, mais en recherche.


Je suis de nouveau sur « Meetic », il existe, bien sûr, d’autre site de cyber-rencontre, mais pourquoi pas celui qui à priori est le plus visité et consulté. Beaucoup plus intéressé et disponible, toujours célibataire, je crois savoir ce que je recherche.
Je choisi quelques photos parmi les rares images que je possède me représentant et les intègres à mon profil. Des vues de face, de profil et en plan large laissant aux lectrices le loisir de mieux juger de mon physique. Je rédige une annonce.

« Envie de rencontre enrichissante, de partage, de sensibilité, se laisser aller dans le lien sans retenu, dans une vérité sans complexe qui émane de la jouissance d’être accepter tel que l’on est. En toute simplicité.»

Mon profil en place il ne me reste plus qu’à attendre, car il ne faut pas se leurrer, là encore ce sont ces dames qui prennent les devants et choisissent d’ouvrir ou non le dialogue. Rien ne serre de tenter un contact « tchat », quasiment aucune chance de réponse, ces dames croule sous une profusion de message et les « pop up » les agacent, les gênent dans leur visite. Mieux vaut se contenter d’adresser un mail, dans lequel il est plus aisé de se présenter et d’intéresser notre sélection. Oui, sélection, c’est bien triste de formuler cela ainsi, mais au vu du site nous sommes bien dans un catalogue où s’étales tout un panel de profil de sélection, dont l’aspect le plus vendeur reste notre photographie. Nous sommes objets de consommation.


Petit aperçu d’appel au dialogue de femmes :

« Viens ds mon espace tu seras ravi »
« comment vas tu ? »
« on ne sait plus quoi dire, j'aime les solitaires en groupe, c'est a dire eux qui peuvent avoir plsieurs facettes et les exprimer et toi? »
« bonjour, je ne comprends pas trop ce que tu veux dire par voyage philosophique ?... »
« Bonjour à vousS'il ne devait être fait qu'un seul voyage dans sa vie; c'est le voyage intérieur qu'il faudrait faire pour être prêt à découvrir les autres et les accepter sans préjugés. J'aime l'idée de vos voyages philosophiques ; si vous souhaitez m'en dire d'avantage...A bientôt et dans tous les cas bonne route!Miel 38 »
« bonsoir j'espere que tu vas bien c'est juste pour unr relation tres serieuse si tu aimerais avoir à tes cotés une camerounnaise ecrit moi bisouuuuuuuuuuuu »
« bjr, je cherche un garçon attentionné et cool qui aime lepartage . Dynamique et qui sache l'essence de la vie qui est si courte . Je suis au grenoble au 24 au 28 aout. Alors A très bientot. bri pour faire com Pour faire connaissance primevere07@yahoo.fr biz. »
« Votre découverte sur le site a éveillé ma curiosité et m'a donné l'envie de venir vous saluer. Alors, tout simplement un bonjour ou un bonsoir, selon l'heure à laquelle, vous lirez ce message. Peut-être à bientôt sur les ondes. »
« alors votre annonce m a bcoup interessé alors besoin de discuter et de découvrir je suis donc bien disponible a ouvrir des discussion avec vous allez à tres bientôt »
« J'ai lu votre annonce toute pleine de philosophie. Elle m'a plu et me voilà devant mon clavier en train de vous écrire ce message. Peut être pourrions nous faire plus ample connaissance. A bientotBrigitte »
« Vous êtes passé par ma page ...........les voyages philosophiques et l'aventure sont aussi mon moteur,,,,,je fais en sorte que le rêve dévore ma vie afin que la vie ne dévore pas mon rêve .......je suis infirmiere , animatrice en développement personnel , l'etre humain me passionne et apres un long travail personnel , je me lève tous les matins en trouvant la vie belle .......En attendant , je vous souhaite le meilleur de la vie , nous pouvons aussi nous rencontrer.........Sympathie. Lydia. »


Autant d’indication du désir de ces femmes, dans leurs rêves de la rencontre culturel, à la rencontre amoureuse coûte que coûte ; de ce que peuvent être ces femmes en quelques mots, qui malgré tout est très révélateurs.

« Le syndrome Meetic ».

« Je suis aux anges, l'idée de te rencontrer samedi me rend pétillant. Tu vois, je suis déjà dans un état démesuré, les fantasmes frappent fort chez moi. C'est idiot, mais on ne se refait pas. Je crois toujours au grand amour, malgré les déceptions vécues.
Comme toi j'adore, l'essence de la passion qui flotte dans les airs.
Voici, ce que j'écrivais à ton attention, il y a quelques jours.
Il est très tard et mon esprit vagabonde. Quel rêve, quel espoir.
Manon Lescaud de Puccini joue et me transporte, émotion d'un rêve d'une douceur de vivre dans le partage.
C'est « le piège à espoir » de Meetic. Maintenant, je sais, tu existes, ce n'est plus un contact virtuel, mais une voix, une mélodie qui laisse pré sentir un sourire qui, me semble-t-il, est magnifique, du peu que je puisse constater.
Je sens, par l'élan de ta voix enjoué au contact d'un inconnu, le désir exacerber de la réussite dans la rencontre qui défit la spontanéité du coup de foudre.On peut presque se laisser aller à penser à une douce et voluptueuse histoire affective. J'ai peur qu'à la lecture de ces quelques mots, tu estimes que je divague.Comme je te le disais lors d'un précédent courrier, je suis prêt, prêt ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! C'est mon rêve.Je vis dans le fantasme de la rencontre, te savoir là, inaccessible et pourtant prête à recevoir l'affection, l'attention et la chaleur du lien amoureux m’entraîne dans une impatience, dans l'échafaudage de scénarios sentimentaux qui me bouleverse.A très bientôt. »


Voici un exemple de la « poussée Meetic » ; comme vous pouvez le constater, ce message est adressé à une personne complètement inconnue de l’auteur. Déclaration sentimentale arrachée au plus profond des espoirs de ses entrailles. Il est saisi, enrobé dans ses fantasmes les plus fous, il ne s’adresse pas, il s’enivre de son romantisme refoulé. Quelques échanges écrits voir contacts téléphoniques et voilà que les cœurs et les âmes s’embrassent dans une combustion irréelle et passionnée. L’impalpable devient saisissable, on le touche presque du doigt, on le sens, on le vie comme ces histoires qui nous hante encore par leurs émotions qui nous consument, que l’on recherche et espère.


Appel à candidates pour rencontre.

Les dialogues cybernétiques projettent face à eux même les cybernautes. Seul devant leur clavier, dans le confort du « home sweet home », les voilà lâché dans l’arène de leurs fantasmes, qu’ils soient sentimentaux ou sexuels.
Ils transpirent dans le développement de leurs écrits ; l’inspiration de l’autre est quasi inexistante. Obnubilé par leurs objectifs, leurs rêves, pas toujours moraux, ils sont dans un narcissisme que l’abordage des conquêtes, dans un assaut guerrier, mettant en œuvre une stratégie du bourreau des cœurs à l’écoute et au renvoi de l’attente qui flatte leurs ego.
Il suffit de complimenter la cible pour l’amener à s’ouvrir et à s’offrir au jeu de la séduction.


« Je vais être très commun, mais que dire devant un visage et un regard qui reflète autant de sérénité. Devant un tel spectacle, je reste sans mots, j’aimerai pouvoir venir à vous dans une liberté et une vérité du lien qui rapproche les êtres, non pas par le paraître ou le statut social, mais dans la beauté de la simplicité des êtres que nous devrions être, le respect, l’attention que chacun mérite, dans ce monde pour le moins superficiel. Je souhaite partager ce que je suis, dans le sens le plus spirituel du terme, etrecevoir en retour une simple attention. Ce site a le mérite de permettre les rencontres les plus invraisemblables, celles que ne nous sont pas données dans notre quotidien. Je ne tiens pas à faire «étalage » de mes activités, mes qualités et autres formes commercial pratiquer sur Meetic.Simplement manifester, une curiosité, un feeling, le souhait de pouvoir échanger avec vous, sans arrière pensé, si ce n’est celle d’espérer un contact des plus enrichissant.A bientôt de vous lire. »


Echanges e-mails.
Anya
Elle :
Bonjour et Buongiorno !J'ai beaucoup aimé ce que j'ai lu et ce que j'ai vu ! Je tetrouve très mignon et j 'aurais pu écrire la même chose quetoi ! Cela correspond tout à fait à ce que je pense... enplus tu as l'esprit des voyages et de l'aventure !In quali paesi hai viaggiato ? Quest'estate sono andata farela Strada de la Seta, comminciando con il Pakistan, poi laChina, il Kazachstan e l'Ouzbekistan (con Boukhera eSamardand), proprio un viaggio da sogno !Tu as deviné le voyage est ma passion !Mais il y a plein d'autres choses que j'aime ! Et j'aime lesgens qui sont dynamiques, curieux, passionnés...J'espère à bientôt vraiment !

Lui :
Il y a tant de destinations qui m'inspirent, je ne sais oùdonner de la tête.Evitons de perdre trop de temps en message écrit, il n'y arien de bon, cela attise les fantasmes et augmente lesrisques de déception lors de rencontre, une photo est loinde représenter ce qu'est une personne dans ce qu'elle ad'unique qui nous émeus.


Après ces brefs messages, je reçois un contact téléphonique, tel que suggéré. Le langage de Anya est enjoué, son rythme est rapide et donne un peu le tournis. Il n’est jamais évident de parler à une personne que l’on ne connaît pas, malgré quelques échanges de présentation. Ce qui l’intéresse c’est que, potentiellement, je comprends et m’exprime en italien, elle est complètement sous le charme de cette langue et de l’Italie. Nos convenons d’un rendez-vous, le sur lendemain dans un bar de la place notre dame à Grenoble.

Je suis posté devant la fontaine de la place, j’attends. Je vois arrivé dans ma direction une femme, poussant une vélo, une démarche lente. Elle est vêtue d’une longue jupe noire à volant, style… plutôt folklorique, rehaussée d’un petit haut orange décolleté, tenue plutôt original. Nous nous reconnaissons, je m’avance, là salut. Du panier, accrocher au guidon de son cycle, sous un petit sac à dos, elle extrait un énorme cadenas pour attacher son vélo à un poteau de signalisation. J’observe la scène avec curiosité, je reste silencieux, alors qu’elle meuble se vide par des banalités. Nous entrons dans un bar et nous nous attablons, elle se lève, avant que le serveur ne se présente pour prendre commande, et se dirige vers les commodités. Une serveuse s’approche et me demande ce que je souhaite consommée, je réponds « je vais attendre que… ». Elle me coupe et me rétorque « ce n’est pas la peine, elle prends toujours une bière ambrée. » Et bien « deux bières». A priori, notre chère Anya est une habituée de ce troquet. A son retour, elle est amusé d’avoir devant elle, se quelle désirait boire. Nous entamons une conversation très orienté voyage, nous exposons nos différentes expériences, dans la bonne humeur.
Anya est anglaise et vit en France depuis dix neuf ans, elle aime la région Grenobloise ou elle se sent chez elle. C’est une personne assez extravertie, le rythme de son élocution à l’accent anglais, est rapide et quasi sans interruption…



Ne t'inquiète pas! tu es plutôt très délicat! Comme je te le rappelais pour ne pas t'obliger à une réponse, nous sommes meetic! Oui c'est très très difficile de rencontrer quelqu'un qui plaise vraiment et immédiatement! et l'étape de la photo n'est pas tjs un bon service. produit étiquetté au rayon du super marché. dérision!. Quand j'ai eu un contact de quelques échanges qui m'ont inspirée je vais à la rencontre de l'autre sans demander de photo. temps passé, desapprendre l'a priori, tenter de s'intéresser vraiment à l'autre. Je t'aurais rencontré dans cet esprit là. Le live est parfois si différent, (donner sa chance à la chance), et finalement parfois aventure passagère. C'est épuisant et tellement déroutant.En tous les cas je suis comme toi je n'écris plus s'il n'y a pas de perspectives de rencontres assez rapidement. Alors maintenant j'ose parfois provoquer la rencontre, et j'arrive au rendez vous, chic, en escarpin et en vieux clou cadre homme. cela m'amuse (je vais d'ailleurs aussi au travail comme ca!). Ceux qui sont choqués par cette fantaisie n'ont rien à faire avec moi, mais tous ceux que j'ai un peu séduit ne me plaisaient pas. C'est dur ces claques (ca marche ds les 2 sens!), quelle galère! un océan à la rame! depuis janvier, il y a finalement un homme que j'aurais vraiment aimé revoir! et l'après rencontte est encore une autre aventure, ah ah . Heureusement je découvre avec grand intéret que les hommes sont merveilleux!
Bonne route, bises.

mercredi 3 janvier 2007

Le géant de Kodiak

L’île Kodiak.
L’île Kodiak, au sud d’Anchorage, est la plus grande île d’Alaska (6000 km2), paysages montagneux, aux vallées profondes sculptés par les glaciers. Torrents tumultueux et ramifiés, se jettent dans des lacs aux reflets de ciel. Une végétation éparse et rase, se prosterne au sol ; la toundra. Les arbrisseaux nains, comme le bouleau et la fougère s’élèvent sur un tapis moelleux et humide de mousses, lichens, myrtilles, parsemé de portions de sol nu. Les sommets culminent en moyenne à neuf cent mètres (900 M), avec le Pic Koniak qui atteint mille trois cent soixante trois mètres (1363 M).

Kodiak fait parti d’un archipel, composé de trois principales îles (Kodiak, Afognak, et Shuyak) et de nombreuses petites îles, qui abritent prés de trois milles ours bruns. Isolés d’autres populations, lors de la dernière période glaciaire (il y a environ 12000 ans), l’ours s’est développé en une sous espèce unique du grizzli, Ursus Arcto Middendorfi plus communément nommé ours Kodiak.

Le nom de Kodiak a une consonance de mystère, de grandeur et de puissance, sans doute lié à l’existence du mythique ours. Ils sont considérés à Kodiak, et dans le monde entier, comme le symbole de l’Alaska.

Le caractère géologique de l’île de Kodiak ne favorise pas la préservation et la mise en évidence des fossiles. Ce qui ne permet pas la datation précise de la présence de l’ours sur l’île. Les premières pièces paléontologiques concernant les ours de l’archipel furent trouvées sur les sites archéologiques Alutiiq. Cette population est arrivée sur l’île, il y a 7500 à 8000 ans. En raison du rapport spirituel entre l’ours et l’Alutiiq, des cranes d’ours ont été trouvé sur les principaux sites archéologiques de Kodiak datant de 2500 ans. Le mythe principal tourne autour de la similitude entre les ours et les humains, donnant la capacité à l’ours de se transformer en homme et vice versa.

Les Alutiiq chassaient l’ours, et en utilisaient les moindres ressources, la viande pour la nourriture, la fourrure pour l’habillement et la literie, les intestins pour des parkas imperméables, les os long pour outils, et les dents pour l’ornement. Puisque c’était le seul grand mammifère de terre de l’archipel, il était un énorme moyen de subsistance des Alutiiq. L’ours était chassé par un groupe de chasseurs armés d’arc et de flèches. Pour se défendre contre ses attaques, les Alutiiq utilisaient une lance.

Les ours sont une importante ressource pour l’industrie touristique. Guides de chasse ou naturaliste, photographes animaliers et autres entreprises profitent de l’intérêt porter à cet animal. L’ours n’a pas vraiment bonne presse auprès des autochtones. Il est considéré comme un concurrent des pêcheurs, chasseurs de cerf et autres exploitants désirant étendre leurs exploitations, comme une menace pour la sûreté humaine. La population stable et croissante de l’ours, peut être en danger. L’ours cherchera à s’éloigner des zones fréquentées par l’humain, réduisant ainsi leurs territoires et ressources alimentaires.

L’exploration.

C’est avec une certaine angoisse que je me prépare à ce voyage, dépose au sud du lac Frazer pour atteindre à pieds la Baie d’Olga en suivant la rivière Dog Salmon Creek. Vous imaginez, une expédition en autonomie sur le territoire d’un des plus grands prédateurs du monde ; je suis partagé entre l’excitation et l’inquiétude de nos rencontres et découvertes.

Le groupe est constitué de sept personnes, trekkers, naturalistes, photographes, amoureux de voyage et de grands espaces. Equipés du matériel d’expédition essentiel à l’orientation, au confort et à la sécurité, cartes, boussole, GPS, téléphone satellite, matériel de bivouac, et de vivres suffisants.

A notre arrivé sur le lac Frazer, un groupe de pêcheurs est là, déposé le matin pour la journée, armé de 357 magnum et de fusil de gros calibre, très surpris de nous voir sans armes ; Notre seule défense quelques aérosols aux poivres « bombes à ours ».

Au premier pas sur la plage de galets, nous sommes assaillis par un nuage de mouches tourbillonnant, s’infiltrant partout. C’est pour le moins inattendu, le temps est au beau fixe, ce qui a sans doute provoqué une éclosion massive. Difficile de parler, même de respirer, sans avaler quelques petites mouches. Pris au piège dans nos oreilles elles se débattent bourdonnant sans trouver la sortie, une véritable plaie. Les pêcheurs avertis portent des moustiquaires couvrant leurs têtes jusqu’aux épaules.
En fin de journée, avant leur départ nous négocions l’achat de cet accessoire qui semble indispensable, tant l’assaut de ces insectes est à rendre fou.

Le lac Frazer s’étire le long d’une vallée aux monts couverts d’une végétation d’un vert sur le déclin. Nous sommes en début d’automne, et devant nous s’étale un petit coteau couvert d’épilobes rouges en fin de floraison. Nous dégageons une surface suffisante, prés d’un petit cours d’eau et d’un bosquet, pour monter notre bivouac.
Installé au beau milieu des ours, nous délimitons notre campement par une alarme, fil nylon tendu sur des capteurs de frottement déclenchant un bip à la moindre action, et suspendons notre réserve de nourriture aux arbres, à l’écart des tentes.

La première nuit je m’endormis avec une petite appréhension, nous avions vu, peu de temps après notre arrivé, un ours solitaire parcourir le secteur. Comment allaient-ils réagir à notre présence ?

L’alarme retentie dans mon sommeil. En un éclair, je m’assoie ; Après une seconde d’hésitation, j’actionne la glissière de la tente, il fait jour, le temps est clair et là, à la limite du camp, à moins de cinq mètres de la première tente, deux ours jouent et s’éloignent tranquillement en voyant nos têtes apparaîtrent des dômes rouges. Ouf ! Nous ne les intéressons pas.

Le long de la rivière Dog Salmon Creek nous les retrouvons. L’un d’eux déclenches une joute, simulacre de combat, ces jeux nécessaires à leurs développements, les préparent aux rencontres futures pas toujours pacifiques avec leurs congénères. La gueule grande ouverte, nous laissant juger de la taille des crocs, les affrontements se succèdent.
Ils se dirigent maintenant dans notre direction, l’un d’eux à un air plutôt agressif, la tête baissé, la gueule entre ouverte, les oreilles rabattues, ils s’approchent, sans doute un peu agacer par notre présence. Nous décidons de nous écarter.

Pose déjeuner, saucisson, biscottes et barres de céréales, prés d’une chute d’eau, Laurent armé de sa canne à pêche tente d’améliorer l’ordinaire du soir, constitué de plats lyophilisés.
Ce fut une pêche miraculeuse, à chaque lancé une truite est prise, et ceci, dix fois consécutive.
Soudain j’aperçois un énorme mâle, juste derrière lui, sur un rocher en plein milieu du torrent, à moins de dix mètres, arrivé dont on ne sait ou. Il est au plus gros de sa forme, dans un mois il entrera en hibernation. Penché sur l’eau, il laisse penser qu’il est prêt à bondir. Il scrute le courant, de toute évidence, il connaît parfaitement le lieu, pour y avoir pêché.
Fin septembre, les remontées de saumons deviennent rares, il ne voit rien. C’est avec des gestes à l’économie qu’il s’en retourne nonchalamment sur la berge, s’assoie, les pattes postérieures tendues, son ventre rond posé sur ses cuisses, il se gratte la plante des pieds de ses griffes, non rétractables de dix centimètres. Il renifle l’air, comme s’il hochait la tête, se lève, se dirige de nouveau sur le bord du torrent, il donne toujours cette impression de ne savoir où il va, s’arrête, regarde autour de lui, et commence à déguster un saumon gisant au bord de l’eau, son fumé irrésistible ne pouvait lui échapper.

Lors de nos déplacements, nous observons de nombreuses traces, empreintes de pattes, déjections indiquant leurs goûts pour les baies, traces d’urine sinusoïdale (pas d’arrêt pipi) et autres restes de repas, essentiellement du saumon ; tout est absorbé, seul les viscères et la tête reste.
Sur la plage du lac Fraser, la tête d’un ourson est déposé, décapitée nette, aucune trace du corps. C’est la confirmation du cannibalisme chez l’ours. Habituellement, les grizzlis emmènent leurs proies à l’écart, les dissimulant dans un fourré, et reste à proximité, prés à défendre ses victuailles. Plus de 25% des oursons, meurent durant leurs trois premières années. Les auteurs sont plus particulièrement des mâles adultes. C’est la principale cause de mortalité chez les jeunes. Elle est constatée également chez les adolescents.

Nous suivons trois ours sub-adultes en quêtes de nourriture. Chacun se déplace suivant son rythme et restent à vue les uns des autres. Alors, que les deux premiers cheminent, tranquillement, le dernier entre dans l’eau et immergé jusqu’aux épaules, tente de trouver la dépouille d’un saumon par tâtonnement de ses pattes. Le voilà qui progresse en regardant sous l’eau, épargnant ses oreilles de l’immersion. Il prend son élan, et plonge. Il disparaît sous l’eau, et réapparaît quelques mètres plus loin suite à une apnée d’une dizaine de seconde. Il répète ces plongées plusieurs fois jusqu’à ressortir un saumon en gueule. Il secoue sa tête de gauche à droite dans un tourbillon d’éclaboussure, supprimant ainsi l’excédant d’eau dans sa fourrure. A petit pas il se dirige et monte sur la berge afin de déguster sa trouvaille gorgée d’œufs, le saumon en cours de décomposition dégage une odeur nauséabonde, qui ne semble pas affecter son appétit.
Il est quatorze heures, les trois ours rassasiés se regroupent et s’installent pour une sieste bien méritée.

Après trois jours d’exploration à proximité du lac Frazer, nous préparons notre descente vers la baie d’Olga. Nous emportons six jours de vivre, nos sacs prêts un poids approximatif de vingt cinq kilos, nous voilà partis. Parcourant la toundra, traversant de petits massifs forestiers aux ramures entre lacets formant des barrières, qu’il nous faut contourner ou franchir en nous contorsionnant, voir à quatre pattes, tant la végétation est dense. La progression n’est pas des plus aisée, nos pieds s’enfoncent parfois dans un sol spongieux et humide jusqu’aux genoux. Le terrain ne permettant pas une marche rythmée, chaque pas est réfléchi, nous empruntons le plus possible les coulées tracées par les ours, qui facilite notre marche. L’herbe couchée sur une largeur d’un mètre, les branchages dégagés, c’est un vrai plaisir. Deux jours ont été nécessaires pour atteindre l’océan, seulement à dix kilomètres à vol d’oiseaux.

Nous avons parcouru les landes de Kodiak durant dix jours. Nous avons rencontré, cerf à queue noire, renard, hermine, castor, aigle à tête blanche et bien sûr l’ours que nous avons pu observer fréquemment. Nous avons eu le bonheur de croiser des jeunes, sûrement dans leurs premières années sans protection maternelle, très craintifs et vifs, des groupes de deux à trois ours sub-adultes en quête de nourriture et déjà beaucoup plus confiant, de bons gros mâles complètement indifférents à notre présence. Aucune agressivité de leur part n’a été constatée, ni même de comportement instable provocant l’inquiétude, se laissant approcher sans crainte, pour la joie de nos yeux émerveillés.

Dans la mesure, où nous présentons un comportement respectueux, notre présence est très bien tolérée par l’ours Kodiak. La générosité du site lui apporte espace et nourriture. Le climat océanique auquel est soumis l’île, la protége des rudesses excessives de l’hiver de ces latitudes, permettant à notre ours de profiter un maximum de temps pour se nourrir. Certains mâles n’hibernent pas, et peuvent engraisser, encore et encore, jusqu’à la tonne. Ainsi rassasié, il est complètement fortuit, de dépenser de l’énergie à chasser ces quelques curieux armés d’engins bien bizarres.