samedi 31 janvier 2009

Qu’est-ce que la sophrologie ?

La sophrologie est une école scientifique rigoureuse.
Elle étudie la conscience humaine et les valeurs de l’existence, en partant de nouvelles conceptions et par des procédés qui lui sont propres.
Le professeur Alphonso Caycedo est le fondateur de l’école de sophrologie, il s’inspire de différentes méthodes et techniques de relaxation orientale, le Tummo Tibétain, le Rajah Yoga Indien et le Zen Japonais. Et c’est dans le training autogène de Schultz, l’hypnose thérapeutique, la relaxation progressive de Jacobson, qu’il emprunte les bases de la relaxation sophronique et puise ses racines conceptuelles dans la phénoménologie comme philosophie.
L’objectif de la sophrologie est de permettre à chacun, à travers la pratique de ses méthodes, de découvrir une autre façon d’être au monde, une autre façon de vivre sa vie au quotidien. L’acquisition de ce nouveau « savoir-être », implique une transformation. Il nécessite de nous libérer de ces représentations mentales, qui se sont fondées sur l’expérience empirique de notre existence et aux hasards de nos rencontres.
L’ensemble des méthodes de la sophrologie a pour but de modifier la conscience dans le sens de son renforcement.

L’origine de la sophrologie.
Alfonso Caycedo, neuropsychiatre colombien, crée à Madrid en 1960, les bases de la sophrologie pour étudier la conscience humaine et les moyens d’en faire varier les états et niveaux.

"(...) j'ai fondé la Sophrologie dans le Service de Neuropsychiatrie de l'Hôpital Provincial de Madrid que dirigeait le Pr. Juan José Lopez Ibor en 1960. Je m'occupais alors du traitement de patients psychiatriques au niveau hospitalier et ma rencontre avec la conscience malade de ces patients a eu des caractéristiques spéciales. Une grande partie de la thérapeutique d'alors produisait une modification ou une altération de la conscience. Je me réfère aux traitements d'électrochocs et aux comas insuliniques qui étaient à l'époque une thérapie de choix (...). Ma rencontre avec la conscience en coma produit par l'insuline, ou (...) par l'électrochoc, (...) produisaient en moi une interrogation : est-il nécessaire de modifier la conscience ou de l'altérer comme thérapeutique ? Ensuite, je me suis intéressé à l'hypnose clinique (...). Alors naquit en moi un désir de recherche de la conscience parce qu'il me paraissait que les maladies mentales étaient fondamentalement des altérations pathologiques de la conscience. Puis-je connaître la conscience en harmonie ? Fut ma 1ère Question Radicale qui me porta à mettre en marche un mouvement médical pour rechercher la conscience en harmonie, je lui donnais le nom de "Sophrologie" (...), une école scientifique pour laquelle j'ai proposé la devise "Ut conscientia noscatur", qui signifie, "pour que la conscience soit connue". (Caycedo, 2001)

En 1962, A. Caycedo devint l’élève du célèbre psychiatre et phénoménologue, le professeur Ludwig Binswanger. Il utilise alors l’approche phénoménologue et existentielle appliquée à l’étude de la conscience. Revenir sur les bases du phénomène dans son accès originaire, comme si c’était pour la première fois, oublier ce que l’on sait, accueillir les phénomènes au plus près de leur réalité, pour enfin les identifier, les interpréter et les nommer.
Inspirer par la lecture d’ouvrage sur le yoga, que sa femme pratique, il s’intéresse aux techniques orientales de relaxation du corps et de l’esprit. Il découvre une autre approche de l’étude et du développement de la conscience. Contrairement aux occidentaux qui, de prime abord, utilisent leur mental pour résoudre leurs problèmes, les orientaux commencent par prendre conscience et apaiser leur corps, favorisant un meilleur développement mental, débarrasser au mieux des tensions potentielles l’assujettissant.

Etymologie.
Le mot « Sophrologie » vient de trois mots grecs :
SOS = Exempt de maladies, équilibre, harmonie.
PHREN = Diaphragme, âme affective et par extension, esprit, conscience.
LOGOS = Science, étude, discours.

Les principes fondamentaux.

- Le schéma corporel comme réalité vécue :
La perception du corps est la base de la conscience. Le schéma corporel est une notion complexe de la représentation mentale du corps, ses formes, les sensations, volumes, postures, … Il permet la conscience de soi. Sans doute le principe le plus important de la sophrologie dans la proposition « comme réalité vécue » en ce sens qu’elle recouvre : que le schéma corporel soit perçu de l’intérieur par la personne elle-même et qu’il soit perçu dans sa quotidienneté, indépendamment de toutes pathologies. Etre en harmonie avec son corps, donc en bonne santé.
- Renforcer l’action positive :
En sophrologie, il s’agit, là, de somatisation du positif, toute action positive dirigée vers notre corps ou notre mental à une répercussion positive sur notre être tout entier, par la répétition. C’est renforcer la pensée positive dans le corps et l’esprit, afin d’aller de l’avant dans ses projets, se réaliser, être qui l’on est.
- Développer la réalité objective :
Vivre davantage dans le moment présent, s’adapter ainsi de manière plus adéquate aux différentes situations et satisfaire nos propres besoins. En sophrologie, l’objectif est avant tout de renforcer les structures positives que nous avons tous en nous, en s’appuyant sur les sensations corporelles à la conscience.

La théorie des états et niveaux de conscience.
La conscience est partie intégrante de nos souvenirs, sentiments, sensations et savoir, que nous faisons réalité intérieure et que nous nommons moi. Cette conscience est désignée comme la conscience de soi et est structurée par la mémoire et la faculté de comprendre. Elle est en ce sens une unité sous-jacente à nos comportements volontaires. Les éléments qui la constituent, souvenirs, jugements, sentiments dépendent d’un contexte culturel, ce qui fait de la conscience de soi une réalité empirique changeante et multiple. L’unité et la constance du moi ne sont pas garanties par l’unité de la conscience.

Il y a trois états de conscience en sophrologie.
1. La conscience pathologique (étudiée en psychiatrie).
2. La conscience ordinaire (étudiée en psychologie).
3. La conscience sophronique (étudiée en sophrologie).
Et trois niveaux de conscience, variations quantitatives et momentanées allant de l’obscurité à l’hyper clarté.
1. La veille.
2. Le niveau sophro-liminal.
3. Le sommeil.

C’est la répétition des exercices au niveau sophro-liminal, entre veille et sommeil, particulièrement sensible et propices aux changements, qui va amener à la possibilité de modifications durables de l’état de conscience.

Les techniques et leurs applications.
On peut distinguer trois types de techniques : la sophronisation de base, les techniques
spécialisées et les relaxations dynamiques.
- La sophronisation de base.
Elle est la base de toutes les méthodes sophrologiques. Le principe est simple : l’objectif est de mettre le patient dans un état de relaxation profonde, niveau sophro-liminal, au moyen d’une pratique respiratoire et de concentration sur les différentes parties de son corps. C’est là, où l’individu devient relativement indifférent aux stimulations du monde extérieur, et où il est plus réceptif à ses sensations corporelles et aux suggestions du sophrologue.
La sophronisation de base suffit souvent à traiter les troubles liés aux situations de la vie moderne : stress, anxiété, …
- Les techniques spécialisées.
Ces techniques spécifiques sont le plus souvent pratiquées en individuel. Elles sont nombreuses et choisies en fonction de l’individu, de sa demande et de leurs pertinences.
Elles procèdent de la sophronisation de base, à ceci près qu’elles se proposent, à travers un discours (terpnos logos) et à partir d’un schéma approprié, soit de préparer à une épreuve déterminée, soit de réduire un symptôme ou un mal de vivre.
- Les relaxations dynamiques.
Ce sont des méthodes d’entraînement particulièrement adaptées au groupe, elles permettent de diminuer les tensions physiques, mentales et de développer le potentiel individuel. C’est dans des séances, où la mobilisation du corps dans son expression en concentration au niveau sophro liminale, que l’on prend mieux conscience de son corps. Les stimulations corporelles sont réalisées debout, les yeux fermés, en général en respiration synchronique (inspiration, rétention, stimulation ou tension douce, expiration, relâchement). Chaque série stimulant les différentes parties du corps par système, suivie d’un temps d’intégration, moment propice pour percevoir les zones stimulées intégrées au corps entier. Ce qui permet de renforcer la conscience de soi dans son corps, de libérer les sensations ou tensions corporelles, d’amener une présence particulière à soi-même.

La sophrologie, pour qui ?
La sophrologie a été d’abord enseignée à des médecins dans un but thérapeutique, puis le personnel paramédical et travailleurs sociaux dans une visée socio-prophylactique essentiellement et aujourd’hui, à toutes personnes susceptibles d’aider son prochain à un niveau pédagogique dans son domaine.
- Thérapeutique : Elle permet d’accepter, de mieux supporter voire de réduire les symptômes des maladies les plus bénignes au plus graves : l’asthme, les troubles de la tension artérielle, les problème de poids ou de comportements alimentaires, la douleur liée à un accouchement, une maladie ou une opération, dans les domaines de la gériatrie, de l’immunologie, de la chirurgie, de la psychiatrie, réconforter et soulager en soin palliatif et même pour aider dans les dépressions...
- Socio-prophylactique : La sophrologie permet de mieux gérer le stress de la vie quotidienne, de lutter contre des dépendances (tabac, alcool, drogue), d’éliminer les troubles du sommeil, les phobies, les angoisses, d’appréhender et de faire face aux événements de la vie (licenciement, divorce, de retrouver un équilibre émotionnel, la confiance en soi, voir la vie sous un angle plus positif...
- Pédagogique : Elle s’applique aux sportifs pour la préparation mentale aux compétitions sportives, pour la récupération, mais surtout aux enfants et jeunes adultes dans le domaine éducatif : pour surmonter des difficultés scolaires ou des troubles du comportement (énurésie, agitation, agressivité...), passer un examen, construire un projet de vie, améliorer les troubles de la communication.
La sophrologie s’adresse à tout le monde et à chacun de nous.
La sophrologie c’est :
- Renforcer sa capacité de bien être. Etre en harmonie avec son corps et donc en bonne santé.
- Renforcer la pensée positive dans le corps et l’esprit, afin d’aller de l’avant dans ses projets, se réaliser, être qui l’on est.
- Voir objectivement la situation telle qu’elle est réellement sans la transformer.
La sophrologie c’est une pédagogie de l’existence, être acteur de sa vie.
La définition de A. Caycedo :
« L’étude de la conscience et de la valeur de vie ».

Pourquoi fait-on une psychanalyse ?

« […] Un fou qui sait qu’il est fou, l’est-il vraiment ? Ou encore : Dans un monde de fou, le fou conscient de sa folie n’est-il pas le seul à être sain d’esprit ? Mais ne courons pas trop vite : Si vous deviez décrire un fou, comment l’évoqueriez-vous ? […] Si je vous disais qu’en chacun de nous, malade ou bien portant, se trouve une part cachée, une zone secrète qui s’ouvre sur la folie ? Un faux pas, un mauvais coup du destin suffisent pour nous faire glisser ou tomber sans espoir de jamais nous relever. Fautes d’inattention, fêlure de la mémoire ou erreur du jugement peuvent provoquer une série de chute. […] Est-ce que je déraille ? Je ne pense pas être totalement irrationnel. Etre fou, est-ce être infirme ? Peut-on parler d’un esprit gangréné, d’une pensée battue à mort, d’une âme mutilée, maudite ? […] Fou […] Le mot vous dérange ? Vous préférez ne plus l’employer ? J’en ai d’autres à votre disposition : déréglé, déséquilibré, inconscient, déstabilisé, toqué, maboul, dingue, insensé, inadapté, retardé, demeuré. Suis-je paranoïaque, schizophrène, hystérique, névrosé ? Souffrant d’un banal complexe d’infériorité ou de culpabilité qu’un simple antidépresseur pourrait guérir ? Possible. Coupable d’avoir librement abusé de ma liberté ? Ou tout simplement d’avoir vécu une vie qui n’était pas la mienne en succombant à la torture tout ensemble d’un désespoir trop vague et d’un espoir trop transparent ? […] J’ai pensé : Thérèse m’aidera, elle me sauvera, moi. Elle est diplômée, C’est sont travail, son but, sa mission. Sauver par l’écoute, par la parole. Ouvrir des portes. Fouiller dans les ténèbres. […] » Extrait de : « Un désir fou de danser » d’Elie Wiesel

Pourquoi fait-on une psychanalyse ?
Qu’est-ce qui pousse un adulte à suivre une psychanalyse, à entreprendre de combattre le refoulement qui le constitue depuis son plus jeune âge ? Il faut de puissantes motivations pour y consentir. Celles-ci sont biens définies en termes de symptômes. Le principal déclencheur est la souffrance et le désir de guérir de ce qu’elle génère. Pour la personne qui passe le seuil de la porte de l’analyste, sa demande est d’être débarrassée de son fardeau.
Un symptôme peut se présenter de trois façons. Comme quelque chose qui ne va pas, comme une manifestation que le sujet ne peut pas comprendre et comme une souffrance dont-il ne peut pas se débarrasser seul. Il est fort probable que le pas est franchi lorsque les trois causes, ces trois aspects négatifs d’un symptôme, se présentent à la personne.
La quête de l’analysant est le savoir de l’analyste, qu’il estime être à même de démêler l’imbroglio qui pèse dans son esprit, et de fait, sur son comportement physique et mental. Dans l’analyse, le sujet s’adresse à la supposition d’un savoir qu’il n’a pas sur le moment. La quête de la vérité qui se trouve en lui. Il a une ouverture à la rencontre avec le réel. L’analyse c’est l’opportunité, l’occasion d’ouvrir les yeux, ne pas avancer sans savoir, connaître les causes de sa souffrance, du symptôme, de l’angoisse, …
Commencer une psychanalyse, tout d’abord, on peut dire qu’une analyse commence par le consentement de l’analyste à admettre quelqu’un dans l’opération analytique, qu’à la condition de s’assurer que les symptômes qui motivent la demande sont de type analytique et non médical par exemple. Il faut ici faire le distinguo entre une psychothérapie psychanalytique et une psychanalyse.
La psychothérapie psychanalytique est une demande de guérison, et est destinée à résoudre une demande liée à un symptôme bien précis, duquel peuvent en découler d’autre, en remontant dans les strates de notre vécu lié aux signes énoncés lors de l’entretient préliminaire à la cure.
Alors que l’analyse est un moyen de mieux comprendre notre mode de fonctionnement et par la même atteindre l’individuation dans le renforcement du moi. L’analyse c’est édité son inconscient, comme le livre de sa vie. C’est probablement réaliser la plus grande aventure de son existence, d’aller à la découverte, à la rencontre de soi-même, d’un « je » qui pourrait, de soi, advenir pour soi.
Freud précise que si la psychanalyse est « une méthode de traitement des désordres névrotiques », son but ultime n'est pas de guérir en abrasant le symptôme, mais d'aboutir à «la récupération de ses facultés d'agir et de jouir de l'existence».
La décision d’entreprendre une psychanalyse n’apparaît que contraint par soi-même, du dedans, dans les contradictoires perceptions de soi, voire des autres. L’on s’y prête que lorsque la répétition de souffrances, d’échecs, de ruptures nous amène à penser que quelque chose, au fond de soi, quelque chose d’inconnu en soi nous échappe. Quelque chose d’inconscient à découvrir, à délier.
L’on ne se fait analyser qu’acculé en quelque sorte, qu’intérieurement contraint. Une analyse est rarement une partie de plaisir, si l’on veut comprendre, changer, pénétrer cette énigme que l’on est pour soi-même. Une autre part de nous fait de la résistance, la plus part du temps inconsciemment. Résistance qui tant à préserver ce que nous appréhendons, de ce que nous pensons être.
S’investir dans une psychanalyse, c’est tenté une réappropriation de soi, ou mieux, la découverte d’un soi intime.

Le symptôme.
Une définition :
« C’est à partir du symptôme, auquel il donna un sens, que Freud créa la psychanalyse. […] Défaillance du refoulement qui laisse passer la pulsion mais suffit à la détourner, le symptôme se révèle être un compromis. Un compromis où le jeu se fait, dans une première topique, au niveau de censures entre Inconscient, Préconscient et Conscient ; ou entre les instances de la deuxième topique qui se joue entre le Moi et le ça et définit la névrose, Freud l’installera, pour la psychose, entre le Moi et la réalité. […] Il n’est pas exclu qu’au-delà des frontières du Moi, le symptôme apporte un gain relationnel et que l’individu en tire avec autrui ce que Freud évoquait comme « bénéfice secondaire ». […] » Article Symptôme du Dictionnaire international de la psychanalyse.

Lorsque l’on fait une demande d’analyse, nous invoquons le symptôme dont nous voulons nous débarrasser. Celui-ci se revêt de différentes façons. Il se traduit souvent et on ne peut s’en défaire, comme la marque qui s’inscrit en nous telle une mutation ou un phénomène psychosomatique : l’inhibition intellectuelle, les troubles de la sexualité, l’échec professionnel, l’impossibilité de poser un choix, … Si nous faisons la démarche auprès d’un psychanalyste, c’est que nous croyons en notre symptôme, qu’il dit quelque chose qui peut être déchiffrer et qu’il a une signification en terme de vérité ou notre réalité. Etant donné que, ce qui n’est pas exprimé pleinement n’existe pas, il est nécessité d’en parler sans quoi le symptôme reste insensé, sans aucun sens.
En s’adressant à l’analyste, on le suppose capable de déchiffrer au-delà du simple symptôme manifeste, sa signification latente. Celui-ci est un message énigmatique : qui n’en saisit pas la signification en est réduit à des interprétations. Et lorsque celles-ci font défaut, ce sont les nerfs, le changement de temps ou toutes autres invocations qui sont responsable de nos maux.
Le symptôme est porteur de souffrance mais il est aussi un mode de satisfaction. Il est une solution de compromis entre les exigences pulsionnelles et celles du Moi, de la conscience. Le symptôme vient suppléer à une carence libidinale. Il est une sorte de jouissance différente du passage à l’acte dans la mesure où il emprunte les voies de l’imaginaire, du symbolique et non celle du réel. Pour Freud, le symptôme est l’activité sexuelle du névrosé. Il est une suite de symbole, une image ou image transcendée sur un sujet autre, un déplacement qui permettra d’assurer la satisfaction d’un besoin naturel, compenser un manque. Dans le symptôme nous trouvons une expression censuré, comme dans le rêve, la propre symbolique de l’analysant et ses résistances.
Les symboles sont les représentations dont l’élément affectif est surinvesti et présente ainsi une logique inexplicable. Le symbole se comprend ici comme moyen pour le désir de se voiler, de ne pas se laisser entendre : il s'agit d'un mécanisme de défense du système conscient. Il est un signe qui fait appel par une correspondance personnelle et culturelle, à un concept impossible à formuler autrement ou absent, entre une chose abstraite et une autre concrète.

La souffrance.
La souffrance, le cogito incessant qui trouble et mène nulle part, l’impasse dans laquelle impuissant nous sommes rendu, pèse sur nous. Cela fait mal, et le questionnement tout azimut nous envahi ; pourquoi je ne parviens pas à me libérer de mes entraves, qu’elles sont elles, où vais-je, qu’est-ce qui peut me libérer ? C’est comme si nous nous trouvions face à un mur infranchissable, la solution du dépassement ne parvient pas à l’esprit, il suffirait d’une échelle… Mais dans l’incapacité d’un lâché prise, nous buttons, tel un jouet mécanique qui frappe de plein fouet, encore et encore, inlassablement la cloison solide de nos affects non identifiés. Nos refoulements, dans une confortable illusion, semblent nous renforcés dans la résistance, lié à l’inquiétude de découvrir ce que nous sommes et inquiet de ce que nous pourrions changer de notre existence. Le malaise, mainte fois, se répète, répétition du schéma inscrit dans notre anamnèse incompris, inexplicable, inconscient. Les troubles s’installent insupportables, dévastateurs. Et apparaît l’angoisse ; qu’est-elle ?
Dans l’angoisse, nous sommes affectés par le désir de l’autre ; le désir est, ce qu’il y a plus intensif en nous dans la quête de la conscience, dans notre réalisation comme étant. C’est en cela que s’affirment nos dépendances du désir orienté vers le désir de l’autre. L’obscurité où nos sommes plongés par la perte de l’objet qui nous entraîne dans un fond abyssal. Le manque de l’objet, qui ferait de nous être dans la complétude.
Nous sommes nombreux à ne pas savoir vers qui nous tourner lorsque la vie perd son goût et que le mal-être s’installe en nous. Nous n’osons pas non plus dire que cela va mal et oser demander de l’aide, de peur d’être jugé, mal perçu ou incompris. Bien souvent nous préférons penser que cela va passer, qu’on finira bien par trouver une solution. Malheureusement, le mal-être ne disparaît pas de lui-même, il aurait plutôt tendance à s’amplifier. Certes, il n’est pas aisé de reconnaitre que cela ne va plus. Pourtant, c’est cette prise de conscience qui nous aidera à sortir de l’obscurité. Mais on ne voit pas cette souffrance, on ne l’identifie pas toujours. De fait, il est bien difficile d’en parler, de se faire comprendre et mettre en place notre nécessaire prise en charge.
Notre souffrance peut être un lourd fardeau aujourd’hui, mais rien ne dit qu’il en sera de même demain. Cette perception de la vie et du bien-être est influencée par notre état intérieur. La vision négative de la vie risque d’accentuer la perte de confiance, l’isolement, la culpabilité que nous ressentons déjà lorsque nous sommes mal dans notre peau.
Si les causes de notre mal-être prennent racine dans notre histoire personnelle, celle-ci n’en est pas toujours la cause. La société a aussi sa part de responsabilité dans certaines situation de crise, de détresse, elle ne répond pas toujours à nos besoins fondamentaux et peut entrainer des contraintes psychiques difficiles à supporter : chômage, stress, harcèlement, perte de vie affective… Dans ces situations, des troubles comme la dépression, l’alcoolisme, la dépendance aux médicaments peuvent s’installer ou s’amplifier.



La quête du savoir.
Une personne en souffrance, dans son incapacité, face à lui-même, de trouver la signification de sa torture, recherche auprès de l’analyste le « tu » qui pourra lui tendre ce qu’il est lui-même, par l’effet miroir existant dans toute relation interpersonnelle. Après avoir tenté de trouver les réponses à ses questions dans son entourage, la médicamentation, les thérapies cognitives et comportementales, ... dans sa quête de la complétude, d’un nous. Il recherche le maillon manquant, l’autre, la plénitude dans son intégrité de ses rapports aux autres et à lui-même. Dans son inlassable quête du plaisir, il recherche la paix de l’âme dans la cohérence de son moi retrouvé. Son égo dans la satisfaction, dans la réconciliation, pour agir de soi, dans la découverte et l’acceptation de ce qu’il est.
Le « je peux » de tout un chacun est la conscience de la liberté. Seul peut être libre une personne dans sa corporalité, adéquation du corps et de l’esprit, à la fois signifiant et créateur de signification. Notre liberté est une liberté dans la dépendance. Nous sommes sans cesse renvoyés au champ somatique et ce qui s’ouvre à l’intérieur de nous. C’est dans l’opposition insatisfaction-satisfaction que réside le principe de besoin, d’un besoin essentiel. La dépendance n’est pas un savoir objectif mais une pulsion, un « ne-pouvoir-être sans ».
« l’angoisse est toujours liée à une perte, c’est-à-dire à une transformation du Moi, c'est-à-dire à une relation à deux sur le point de s’évanouir, et à laquelle doit succéder quelque chose d’autre que le sujet ne peut pas aborder sans un certain vertige. » Lacan.
Comprendre l’angoisse qui nous transperce. Trouvé la cause de ce sentiment de l’imminence de ce qui échappe à la représentation, car l’angoisse est bien le signe dans le moi qui n’a pas de représentation : on y pressent un au-delà de nos capacités d’indiquer, de réfléchir ou de figurer. Par la représentation nous sommes libérés de l’angoisse. Or le manque de l’objet qui en nécessite la représentation, c’est forcément le sujet des pensées conscientes et inconscientes. Dans le manque du manque nous sommes frappés d’impossibilité, toute imminence de l’irreprésentable est vécu comme une abolition de soi. De même, quand on ne sait pas ce qu’il en sera de nous parce qu’on ne voit pas de place où exister. L’angoisse ne trompe pas en ce qu’elle atteste de quelque chose que l’on n’arrive pas à dire ; quelque chose qui excède la signification et récuse par la même notre existence d’étant. Car avec l’angoisse on est là où les mots manquent. Les mots ; ceux qui permettraient de tout dire, de tout se dire. Ceux qui permettraient enfin que l’on soit avéré comme étant dans l’accord d’exister et de savoir.
L’angoisse est le pressentiment de la retrouvaille avec la jouissance qui manque là où dans la verbalisation se trouverait ce qu’il peut être dit, avec ce que nous serions réellement pour l’Autre, s’il existait. L’angoisse c’est le pressentiment de ce qu’il y a de plus intime. Une situation angoissante est celle où la distance commence à céder.
C’est en la personne du psychanalyste, qui en lui-même, symbolise le savoir, la toute puissance, la maîtrise, que l’analysant vient chercher, auprès de lui, sa vérité dans la réalité.

Vérité – Réalité ?
Nous ne sommes pas dupes, au fond de nous, nous avons des doutes quant à la véracité de notre vérité. Quel est la part de construction de la vérité et où se trouve le réel, notre réalité ?
On donne quelquefois au mot vérité le sens de réalité. Mais il vaut mieux entendre par vérité un caractère de la connaissance, et de la connaissance seulement. Ce caractère appartient-il déjà aux idées, aux représentations, ou bien ne peut-il résider que dans le jugement, c'est-à-dire dans l'affirmation ou la négation ?
« La vérité est supposée consister en l'accord de la connaissance avec son objet. Selon cette définition simplement verbale, alors, ma connaissance, pour être vraie, doit être en accord avec l'objet. Mais je ne peux comparer l'objet avec ma connaissance que par ce moyen, nommément, en prenant connaissance de lui. Ma connaissance, alors, va être vérifiée par elle-même, ce qui est loin d'être suffisant pour que je sois assuré de la vérité. Car comme l'objet est extérieur à moi, et que la connaissance est en moi, je ne puis juger que de savoir si ma connaissance de l'objet est en accord avec ma connaissance de l'objet.[]» Emmanuel Kant
Cette vérité que nous avons construite sur les bases de notre expérience de vie, dans laquelle nous avons mis toutes les protections pour nous garantir une approche du plaisir. Refoulant nos craintes, nos traumas, restant dans le fantasme d’être. Mais la défaillance du refoulement qui laisse parfois passé la pulsion, et nous entraîne dans une déroute, dans un mal-être qui est peut être liée à une fausse construction de soi.
Le réel, quant à lui, est ce qui fait objection au savoir. La démarche de connaissance consiste à investiguer le réel pour bâtir un savoir qui constitue notre réalité. Le réel s’impose donc à nous et est caractérisé par le malaise, né d'une rupture dans la rationalité rassurante de la vie quotidienne. C’est là, que nous nous lançons dans les questionnements sans fond, sur le fondement de ce qui nous apparait comme vérité.

La conscience comme réalité.
La conscience est partie intégrante de nos souvenirs, sentiments, sensations et savoir, que nous faisons réalité intérieur et que nous nommons moi. Cette conscience est désignée comme la conscience de soi et est structurée par la mémoire et la faculté de comprendre. Elle est en ce sens une unité sous-jacente à nos comportements volontaires. Les éléments qui la constituent, souvenirs, jugements, sentiments dépendent d’un contexte culturel, ce qui fait de la conscience de soi une réalité empirique changeante et multiple. L’unité et la constance du moi ne sont pas garanties par l’unité de la conscience.
C’est dans la mise en évidence de souvenirs cachés, traumas, enfouis dans l’inconscient, qui permettraient de restaurer à nous même l’harmonie de notre moi en les ramenant à la conscience. C’est donc dans notre inconscient que réside notre vérité, nous en avons l’intuition, nous savons que dans l’obscur incompréhension de nos symptômes réside certaines réponses à notre mal-être et qu’un moyen d’en venir à bout est la psychanalyse.
Rechercher, fouiller au plus profond de nous et faire resurgir à la conscience les causes à effets qui nous ont conduits à la représentation que nous avons édifiés dans l’imaginaire de soi. Sortir du « faut-self », s’il en est, le comprendre, l’intégrer, se retrouver pour enfin rétablir notre réalité. Renaître dans le plaisir de la satisfaction, de la pleine conscience de notre bâtisse, où bien des refoulements, enfin mis à nus, dans leurs indentifications, toujours à l’esprit, mais dans une démystification, rendent plus fort notre égo.
Evidement, et il en va s’en dire, que nul ne peut atteindre toutes ses réalités, délier toutes les énigmes qui ont heurtées notre sensibilité, il ne suffirait pas d’une vie à cette quête du mystère que nous sommes pour nous même. Mais rétablir ne serait-ce qu’un symptôme dans sa réalité symbolique, vaut la peine de l’étude de notre mécanisme spirituel. C’est dans notre symbolisation que nous pouvons avoir une approche du fonctionnement de notre esprit dans sa complexité, sa finesse, sa sensibilité intelligible où nous puiserons la coercibilité de notre étant.

Enfin.
Nous faisons une psychanalyse, parce que nous avons conscience que les réponses sont en nous. Et que nous avons le courage de nous confrontés à l’angoissante idée de ce que nous sommes, dans le pressentiment d’être à la porte de notre réalité.
Comme dans la pensée phénoménologique, nous cherchons l’inhibition de l’a priori dans la quête de notre être originaire. Avoir un regard averti et neutre de ce que nous sommes dans nos fonctions et dysfonctions. Dépasser le sens apparent, pour éclaircir le sens véritable de nos comportements. Atteindre plus objectivement la subjectivité de notre vie. S’approprié les jeux d’esprit de l’ordre de l’imaginaire, au sens de la reproduction mentale, le sens de la représentation de ce qui est donnée par la perception du visible et les leurres inconscient.
C’est dans l’expression libre et sans jugement que nous cherchons notre vérité personnelle, dans la cure, dans le mouvement de la conscience qui ouvre un passé personnel et personnellement dissimulé et protégé, et qui crée une voie vers un avenir propre. Retrouver l’individualité, le bien-être, accepter l’être unique, précieux que nous sommes parmi nos semblables tout aussi unique et précieux dans notre différence.
C’est ainsi que nous nous laissons porter à parler librement et à dire autant que possible ce qui vient à l’esprit, parler en vérité sans refouler ou déformer ce qui se présente à l’esprit. Dans notre intention de vérité qui est censé dirigé les paroles en libre association.
Il semble paraître que le soi se présente pour la pensée comme un lieu d’une interrogation permanente, à la fois comme une énigme et comme une tâche.